Venezuela : une transition polluée par La Havane?

   Eduardo Mackenzie

Il y avait comme un relent de sinistre farce dans l’épisode du 10 janvier 2013 à Caracas lorsque les plus hauts responsables du régime bolivarien, entourés par les chefs d’Etat des trois pays clients du Venezuela,  à savoir le Nicaragua, la Bolivie et l’Uruguay,  n’ont pas hésité à inaugurer un nouveau mandat de six ans du président Hugo Chavez alors que ce dernier  n’avait pu se présenter à la cérémonie.
A la place de Chavez, alité ou mort quelque part à Cuba, le vice-président sortant, Nicolas Maduro, ancien chauffeur de bus et syndicaliste, devenu par sa militance auprès d’Hugo Chavez ministre des affaires étrangères puis vice-président du pays, a pris la charge d’assurer l’intérim de l’invisible chef de l’Etat, car la veille  le Tribunal suprême de justice (TSJ) avait résolu le casse-tête juridique d’une telle passation de pouvoir : la brillante solution trouvée consistait à ignorer carrément  la Constitution vénézuélienne qui exige la présence du président élu pour pouvoir prêter serment et commencer son nouveau mandat.
Tordant la logique des prétoires, la présidente du tribunal suprême, Cilia  Flores, avait annoncé que le mandat de Chavez pouvait continuer sine die avec Nicolas Maduro.  Car, selon elle, « seul le président Chavez peut décider sur son absence ».
Evidement, ces énormités  ont fait bondir des millions de vénézuéliens, et pas seulement ceux de l’opposition, laquelle a aussitôt estimé que la curieuse intronisation de  Nicolas Maduro équivalait à un auto-coup d’Etat. Pour l’opposition, un tel mandat, même provisoire,  n’est plus qu’un  « gouvernement de facto », sans légitimité.
Face à la disparition de fait d’Hugo Chavez, au pouvoir depuis 1999,  l’opposition a demandé ensuite la mise en place d’une nouvelle élection présidentielle. Mais les dirigeants du parti du gouvernement, le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV), en pleine lutte pour le pouvoir interne, et surtout leurs chefs tutélaires à La Havane, ont rejeté illico cette proposition.
Et la crise a gagné en ampleur. L’Eglise catholique qui n’a jamais été vraiment du côté de Chavez, n’est pas restée silencieuse. Bien au contraire, elle a critiqué aussi l’intronisation de Maduro. «Ne pas respecter la Constitution pour réaliser un objectif politique est moralement inacceptable», a déclaré Diego Padrón, l’archevêque de Caracas.
La rue a exprimé son point de vue. Le 11 janvier, une manifestation d’étudiants universitaires qui protestaient à San Cristobal (Táchira)  contre « l’acte inconstitutionnel du 10 janvier », fut encerclée et attaquée par des hommes de la Garde Nationale Bolivarienne et de la police. Bilan : onze étudiants blessés.
Quant au MUD, le mouvement qui avait défendu la candidature modérée de l’avocat Henrique Capriles Radonski dans l’élection présidentielle du 7 octobre 2012, il a lancé un message d’alarme à  Mercosur : « L’aspect le plus préoccupant c’est que le TSJ a déclaré que le président Chavez n’est pas absent et qu’il contrôle  pleinement  ses fonctions. Or, il s’est trouvé  hors du pays pendant plus d’un mois et il n’est pas en mesure de signer le moindre communiqué officiel ».
Intraitable, Nicolas Maduro  a répondu  par de violentes menaces. Il a qualifié l’opposition de « golpista » et de « paramilitaire » avant d’ajouter : « Si vous ne reconnaissez pas le gouvernement légitime, en fonctions (sic) du président Chavez, alors nous prendrons contre vous des actions très contondantes ». Il a conspué également la presse « du monde » qui, selon lui, « ment tous les jours » à l’égard du régime de Caracas. Celle-ci avait en effet ironisé sur le fait qu’Hugo Chavez avait désigné Maduro pour être son successeur si quelque chose de fatal lui arrivait à La Havane.
Devant le durcissement brutal du régime, plusieurs organisations de l’opposition anti chaviste aux Etats-Unis ont signé un manifeste en annonçant la création d’un  «Parlement des Vénézuéliens à l’étranger dans les prochaines semaines » et la formation  d’une « grand Alliance nationale démocratique »  qui inclura « tous les secteurs de la société ».
Ceci serait, à leurs yeux, la meilleure plate-forme pour « résister  aux prétentions de Chavez de rester au pouvoir par un coup d’Etat constitutionnel illégitime».
Toujours hésitant face aux agissements du chavisme, le gouvernement de Barack Obama s’est contenté de demander à Caracas des « renseignement plus précis» sur l’état de santé de Chavez.
Au moins, en Europe, des observateurs avisés ont signalé que la situation au Venezuela était anormale. Pour ne citer qu’un exemple, l’hebdomadaire britannique The Economist  a écrit :
« L’an dernier, ils [les pays du groupe  Mercosur] ont suspendu le Paraguay  après que son président d’extrême gauche ait été destitué à la hâte pour avoir violé la Constitution. A présent, ils devraient suspendre aussi le Venezuela jusqu’à ce qu’il rétablisse sa propre Constitution. Hélas, quand il s’agit de défendre la démocratie en Amérique latine, les principes sont souvent violés  par des règles à double tranchant. Traiter M. Chávez comme un monarque absolu, dont le règne dure jusqu’à son dernier souffle, affaiblit la cause de la démocratie dans la région. »
Mais Chavez est loin d’être actuellement vu par tous comme un décideur incontournable. Trois jours avant la cérémonie à Caracas, Marco Aurelio Garcia, un haut conseiller du  gouvernement brésilien, avait révélé que ceux qui avaient décidé  que l’acte du 10 janvier se passerait de la sorte n’étaient autres que le haut commandement militaire cubain et le pouvoir brésilien, et qu’une telle décision avait été transmise à Nicolas Maduro sans que celui-ci, pas plus que Diosdado Cabello, président du Parlement vénézuélien,  n’aient eu la moindre possibilité de donner leur avis.
A l’instar des dictatures staliniennes, le peuple vénézuélien n’est pas en mesure de savoir, à l’heure actuelle, si Hugo Chavez est vivant ou mort. Au moment où se jouait cette mascarade à Caracas,  personne ne savait véritablement si le président serait un jour capable de reprendre les rênes du pouvoir. On le dit très malade, ou agonisant, voire « stabilisé », ou déjà mort. En tout cas, il a disparu des écrans radars depuis plus d’un mois, après avoir pris l’avion pour aller se faire opérer d’un cancer, pour la quatrième fois, à Cuba.
Détail mystérieux : début janvier 2013, Caracas avait fait savoir que Chavez avait envoyé une lettre pour demander la permission au Parlement vénézuélien d’être absent lors de la cérémonie du 10 janvier. Mais la lettre avait été signée par Maduro, pas  par le président.
Avec raison, beaucoup voient dans ces récentes péripéties à quel point la dictature cubaine, discrètement soutenue par le gouvernement brésilien de Dilma Rousseff, et avec la passivité complice d’autres gouvernements latino-américains, surtout de ceux qui ont bénéficié pendant des années des largesses du régime d’Hugo Chavez,  a réussi à s’emparer des ressorts les plus intimes de ce que sera la transition du régime vénézuélien. Non seulement La Havane contrôle secrètement le traitement de la maladie qui est en train d’anéantir  Hugo Chávez, mais elle profite de la situation en  imposant les détails et les conditions matérielles et financières qui devront présider selon elle, au dénouement politique général après la mort du leader de la révolution bolivarienne.
Dans un excellent article (1), le journaliste Bertrand de la Grange disait : « Nous avons ici le cas assez exceptionnel d’un État puissant [le Venezuela] dominé par une île insignifiante en termes géostratégiques. Par affinités idéologiques et personnelles, par l’éblouissement de Chávez devant le grand Fidel, le pays le plus important exportateur de pétrole de l’Amérique Latine a mis sa richesse à la disposition du régime cubain. […] Tout ceci, qui a été vital pour Cuba dans les douze dernières années, risque à présent de se perdre si Chávez décède avant de prendre possession de son nouveau mandat. Et les frères Castro ne peuvent pas permettre cela, surtout quand l’île est en train de passer par des moments économiques difficiles. »
C’est pour cela que ni Nicolas Maduro, pas plus que Diosdado Cabello et Cilia Flores n’ont  pu jouer le rôle qu’ils espéraient pouvoir exercer durant la disparition, provisoire ou permanente,  de Chavez. L’acte du 10 janvier a clairement  montré qu’aucune des figures du PSUV, ni celles du Tribunal suprême de justice, ne pourront agir de manière autonome dans cette transition à haut risque, car les cubains leur ont arraché ce droit.
Car ce que risque de perdre Cuba est énorme si le pouvoir change d’orientation au Venezuela.
Depuis plus d’une décennie, la hausse des prix du pétrole a injecté dans le trésor public vénézuélien une fortune colossale. Grâce à cette manne, Hugo Chavez  était en mesure de développer de façon plus que conséquente son pays et réussir les programmes « sociaux » qu’il avait tant de fois utilisé comme hameçon démagogique auprès des électeurs. Mais il a échoué sur toute la ligne. Trois millions de barils de pétrole par jour, cela équivaut à plus de cent milliards de dollars par an. Pourtant, cette richesse, que le Venezuela n’avait jamais atteinte, a été dilapidée et Chavez n’a pas pu ni su, pendant ces 14 dernières années, renforcer la production du pays ni offrir à la population un meilleur niveau de vie. Tout le contraire. Dès le début en effet il avait cédé devant  les exigences de Fidel Castro  de lui livrer une partie importante de cette richesse. C’est ainsi que Cuba a touché entre cinq et dix milliards de dollars par an depuis l’arrivé de Chavez au pouvoir, sans que la population cubaine en profite. L’argent a servi à maintenir le pouvoir de Castro contre vents et marées. Cet aspect de la politique de Chavez explique pourquoi de nombreuses personnalités civiles et militaires vénézuéliennes ont commencé à dénoncer  «la domination cubaine dans des points clés de l’Etat et de la société vénézuélienne ».
Par exemple, le général à la retraite Carlos Julio Peñaloza,  ancien commandant  de l’Armée vénézuélienne, a signé avec d’autres  militaires à la retraite un appel à la mobilisation. Dans une récente déclaration, il a dénoncé le « Pacte de La Havane » où Raul Castro et le général cubain Ramiro Valdès ont donné des instructions aux membres du haut gouvernement du Venezuela sur la façon de diriger la crise ouverte engendrée par la disparition de Chavez. Peñaloza souligne qu’il s’agit non de l’influence mais de la « domination » exercée par l’Etat cubain sur son pays: « Il contrôle le gouvernement vénézuélien et a transformé le Venezuela en une colonie cubaine », dénonce-t-il.
Il affirme que la domination des services cubains est visible dans de nombreux secteurs: « depuis le notariat, les registres de propriété, les systèmes d’indentification de la population et le registre des étrangers, jusqu’à la politique étrangère, les secteurs clés de l’économie et surtout les instances dirigeantes de la police et des forces armées ». D’après le général Peñaloza, les effets de cette domination  sont évidents: la « destruction de l’industrie pétrolière, le démantèlement de l’appareil productif, surtout dans les secteurs agricole et industriel, et la lente élimination des libertés civiles et économiques,  sans parler de l’augmentation  du narco trafic, de la guérilla et du crime organisé ».
Ainsi, la transition inévitable du régime chaviste, qui pourrait s’orienter vers un chavisme sans Chávez ou même vers un retour de la démocratie,  est en train d’être interférée par La Havane. Les frères Castro manipulent  avec  dextérité et avec un certain succès ce processus. C’est le destin immédiat du Venezuela qui est en jeu.
Cuba a réussi à noyauter les gouvernements de l’Équateur, de la Bolivie, du Nicaragua et même de l’Argentine. Et pourquoi s’arrêteraient-ils  en si bon chemin si rien ne s’oppose à eux ? Ils sont en train de faire une percée très semblable du côté de la Colombie  par le biais des prétendues « négociations de paix » à La Havane, entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et les Farc. En tout cas, les prétentions impérialistes de Cuba, son désir de faire plier les pays latino-américains, tombés ou non sous l’influence du chavisme, pour les parasiter et les mettre à son service,  est d’une évidence confondante.  Force est de constater que ce qui s’est passé aux yeux de tous au Venezuela ces jours-ci  dépasse de loin les prévisions les plus alarmistes des adversaires du castrisme dans l’hémisphère occidental.
Quant à la question de savoir si dans les vingt dernières années le Venezuela est devenu  un pays plus libre et plus prospère notre réponse est claire : non. Déjà en 2005, deux analystes, Hagopian et Mainwarning, après avoir mené une étude sur l’Amérique latine, constataient un « écroulement de la démocratie » au Venezuela. Ils ajoutaient que  c’était  « le développement politique le plus décourageant de la dernière décennie » dans cette vaste région du monde.
Sept ans plus tard, on ne peut plus nier que cet inquiétant effondrement  n’a fait que s’aggraver, au vu des nombreuses  défaites subies par les libertés et par l’économie de marché pendant les trois mandats d’Hugo Chavez et le rôle joué par les cubains dans les incidents du 10 janvier 2013 à Caracas. Il est vrai que la baisse progressive des prix du pétrole pendant deux décennies (entre 1981 et 1999 le pétrole vénézuélien a perdu le 85% de son valeur)  avait conduit à l’appauvrissement d’un pays qui avait construit son modèle sociopolitique sur une base assez hasardeuse : les exportations des hydrocarbures. Ce phénomène a entraîné des désordres institutionnels, une augmentation des troubles de toutes sortes, y compris un violent soulèvement populaire en février 1989, le « Caracazo », et la destitution d’un président libéral, Carlos Andrés Pérez,  en 1993, après avoir été jugé pour corruption.  Cette période a connu également l’effondrement  du bipartisme vénézuélien et la monté des extrémismes.
Cependant, le vrai collapsus de la démocratie vénézuélienne ne fut que le résultat d’événements politiques très caractérisés et précis. On peut dire, pour résumer, que les trois chocs les plus dévastateurs contre la démocratie au Venezuela ont été: les deux coups d’Etat manqués des militaires «progressistes» (en février et novembre 1992), la première élection présidentielle d’Hugo Chavez en 1998 et la Constitution issue de l’Assemblée constituante de 1999. Même avorté, l’action illégale des militaires commandés par le lieutenant-colonel Chavez, additionnée à l’incapacité des gouvernements de Carlos Andrés Pérez et de Rafael Caldera et des partis historiques, Copei et Action Démocratique, de trouver une sortie à la crise économique et à la perte de repères de la population, en renouvelant les canaux de la représentation politique, a fait croire à beaucoup que le Venezuela pourrait surmonter ses difficultés grâce à un nouveau guide sorti de nulle part (ou des rangs militaires ultra politisés).
Ainsi, le 6 décembre 1998, le candidat Hugo Chavez s’est fait élire pour la première fois grâce à sa promesse de « refonder la République ». Il agitait, certes, l’idée d’un changement radical de l’ordre politique et social, en évitant tout de même toute allusion à une rupture avec la démocratie et à la construction d’une société socialiste. Ensuite, il a fait sa campagne pour la réalisation d’un referendum et pour la convocation d’une Assemblée constituante, en prêchant  contre la Constitution « moribonde » de 1961. Il allait donner aux Vénézuéliens plus de libertés, disait-il, et non le contraire, grâce à l’adoption du système de la démocratie « participative ». Pourtant, à cause de la surreprésentation de l’alliance pro-Chavez, une Charte a été rédigée, réduisant, en réalité, les libertés et ouvrant une brèche vers l’autocratie. Car la nouvelle Constitution a donné, en effet, des pouvoirs exorbitants au chef de l’Etat : légiférer par décret, dissoudre le Parlement, convoquer des plébiscites, nommer et retirer les chefs des forces militaires et de police sans passer par le pouvoir législatif. La durée du mandat présidentiel est passée de cinq à six ans, la réélection immédiate du président sortant a été instaurée ainsi que la réélection à vie lors du referendum de 2009.
De ces pouvoirs Chavez a usé et abusé. Une fois qu’il a pu s’emparer  du contrôle absolu  de l’exécutif,  il a pu mener des campagnes pour réduire à zéro les autres pouvoirs et les organismes de contrôle. Il a fait destituer des parlementaires et des magistrats qu’il jugeait encombrants  et gagné le contrôle de l’Assemble nationale, du Tribunal supérieur de justice, du Conseil national électoral, du parquet (Fiscalía) et du ministère public (Procuraduría).
Aujourd’hui, aucune instance d’Etat au Venezuela n’est capable de contester le bon vouloir d’Hugo Chavez qui pèse plus que la Constitution. Pour écraser ses adversaires, il a pulvérisé la liberté de la presse, mené des campagnes de diffamation à l’encontre des journalistes et des médias critiques. Les milices et d’autres groupes armés fidèles au régime ont semé la terreur dans les rues, particulièrement contre les manifestations des opposants. La sécurité des villes est tombée très bas. Le narco-terrorisme colombien a trouvé refuge et soutien matériel et politique au Venezuela.
En vain, la SIP a demandé à Chavez de cesser ces violences et ses campagnes de harcèlement policier, judiciaire et politique  à l’égard des journalistes et des médias, et exigé la dérogation de la législation contre la liberté d’expression et de  la presse. Guillermo Zuluaga, président de Globovisión, a dû quitter son pays et son média a été fermé. Il était vu comme un bastion de l’opposition. Les journalistes Rafael Poleo et Patricia Poleo, parmi des dizaines d’autres, on dû s’exiler. A l’heure actuelle, 34 radios et la chaine de télévision RCTV sont toujours fermés et interdits.
Sous Chavez l’Etat est devenu l’ennemi de l’entreprise privé.  Tout a été fait pour déprimer ce secteur et amplifier le secteur public : contrôle des prix, nationalisations, expropriations. Et ce surtout depuis  la grève de décembre 2001 contre la loi des terres et la grève des entreprises et du secteur pétrolier de décembre 2002. Les augmentations de salaires sont à présent décrétées de façon unilatérale par l’Etat. Les organismes de contrôle fiscal des entreprises sont passés de 13 à 30 en 2009. Malgré l’augmentation des prix internationaux du pétrole depuis 2003, la croissance de l’économie Vénézuélienne stagne à un taux de 2.8%, quand celle de l’Amérique latine, sans dirigisme étatique, est de 3.3%.  La dépendance du Venezuela par rapport au pétrole a augmenté. En 1998, le pétrole constituait 77% des exportations. En 2011 elle est de l’ordre de 96%.
L’économie est en berne. Sur 14 000 entreprises existantes en 1999, il n’en restait que 9 000 en 2011. Pour éviter les persécutions,  elles délocalisent vers la Colombie, le Panama et les Etats-Unis. Les investissements étrangers ont chuté : seulement 5 000 millions de dollars (alors qu’à la même période la Colombie encaissait 13 000 millions).  Le bolivar, la monnaie nationale, a perdu les deux tiers de sa valeur depuis 2008 et une forte dévaluation sera inévitable en 2013 car le déficit fiscal est énorme : 20 points du PIB. L’augmentation des dépenses publiques a fait augmenter la dette extérieure qui est actuellement de 200 000 millions de dollars.  L’inflation entre 1999 et 2011 a été de 23% en moyenne tandis que celle de l’Amérique latine était de 4.6%. Les convergences diplomatiques entre Caracas et la Russie, la Chine, l’Iran, la Biélorussie, la Corée du Nord, et d’autres dictatures, a fait du Venezuela un Etat paria.  Sans parler de la quasi fusion institutionnelle avec le régime communiste de  Cuba.
Face à une telle désolation, l’argument suprême des amis du régime, pour vanter les mérites d’un tel modèle, est celui des élections. « Le chavisme a remporté, disent-ils, une quinzaine d’élections depuis 1998 ». Peut être, si l’on oublie certaines choses.  La démocratie ne consiste pas à organiser des rituels électoraux,  truqués d’avance. Fidel Castro a remporté lui aussi toutes les « élections » à Cuba depuis 1959  dans un pays avec un parti unique.
Le système électoral vénézuélien est l’un des plus corrompus et pervers du monde. L’opposition est exclue de toute participation aux travaux du Conseil national électoral. Le système du vote électronique, très répandu, est opaque et source de nombreuses plaintes. Le régime paie des millions de bolivars aux citoyens en les arrosant de  bons-salaires,  des produits alimentaires et des  appareils électroménagers  pendant les campagnes électorales, où les menaces de licenciement fusent à l’égard des fonctionnaires s’ils votent ou aident l’opposition. Autre exemple : pendant la dernière campagne présidentielle, le candidat Chavez a eu huit fois plus de temps dans les médias que Capriles, candidat de l’opposition. Samuel Angel,  de l’Institut  Liberté et Démocratie, résume la situation : « On ne peut pas vaincre Chavez par les urnes car le système est totalement vicié ».
Avant de tomber malade, le président Chavez avait fait savoir que la révolution bolivarienne n’en était qu’à  ses débuts et qu’elle devait être « approfondie ». Tel serait le but déclaré de son quatrième mandat, à partir de 2013. Les théoriciens du gouvernement ont commencé alors à parler de la création d’un « Etat communal », où la doctrine du « nouveau constitutionnalisme » (la disparition de la division des pouvoirs et la concentration du pouvoir sur la tête du chef de l’Etat) serait appliquée avec encore plus de rigueur.  Le Venezuela, malgré des élections apparemment démocratiques,   évolue  probablement vers une forme de totalitarisme, si les majorités ne parviennent pas à s’imposer contre la démarche de Chavez et des frères Castro. Ce pays doit faire face à présent, et de manière abrupte, à une transition politique décisive.
* Journaliste, auteur de Les Farc ou l’échec d’un communisme de combat, Publibook, Paris, 2005. Histoire & Liberté est une revue de l’Institut d’Histoire Sociale. www.souvarine.fr

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